—Tais-toi! Les épouses n'ont que faire ici, c'est le butin. Il est à tous.

—Arrière les mentons sans poils; place aux anciens!

—L'amour aux jeunes!

—Aux vieux d'abord! Ils ne peuvent attendre, leurs heures sont comptées.

—Caïd!

—Paix, enfants! le fruit est coupé. Qu'importe la deuxième ou la vingtième tranche, s'il y a une tranche pour chacun.

Mais ils n'écoutaient la voix respectée que pendant quelques minutes; une discussion nouvelle s'élevait bientôt et le tumulte recommençait.

De chaudes bouffées passaient dans l'air comme dégorgées de la bouche d'un four, et au milieu d'une molle langueur pesant sur les poitrines, couraient tout à coup des souffles de vie bestiale, un vent brutal qui faisait frissonner l'échine et poussait la chair vers la chair.

Et haletants, pressés, la lèvre humide, l'oeil ardent, ils assiégeaient la tente d'où venait un bruit de plaintes et de gémissements; de temps en temps un homme sortait aussitôt remplacé par un autre.

Quatre deiras en burnous bleu et armés de longues triques empêchaient les femmes d'approcher. Mais elles hurlaient de furieuses injures, couvrant de leurs clameurs aiguës et irritées les vociférations des hommes.