—La joie les fait crier!

Elles ricanaient, celles qui ripostaient ainsi; c'étaient les vieilles. Quand on a longtemps souffert, qu'on ne croit et qu'on n'espère plus rien, la pitié s'en va du coeur.

Et hideuses, osseuses, abominables, avec leurs grandes cuisses grêles et leurs longues mamelles aux pis noirs, desséchées par les bises, racornies comme de vieux cuirs, brûlées par soixante soleils, elles faisaient, frappant à petits coups leurs doigts sur la bouche, retentir les échos du Bou-Djaber du cri joyeux et saccadé des fantasias et des noces!

—A la nage, jeunes gens, à la nage! allez! sus! sus? Ramassez les biens du pauvre! You! You! You! You! You! You!

Et lorsqu'elles se taisaient pour reprendre haleine, des cris poignants répondaient du dardiaf.

Il était environ cinq heures. Le soleil couchant riait sur les bosselures de la plaine, lançant des flammes ici, allongeant des ombres là, teignant de pourpre les tentes à raies brunes et jaunes, dorant les haillons, les burnous roussâtres, illuminant la soie des haïks, glissant dans les robes bleues et blanches, faisant étinceler les anneaux, les boucles et les bracelets de cuivre, les manches des flissas, les canons des fusils, l'acier des étriers et les broderies des selles, jetant des poignées de rubis et d'or sur tous ces oripeaux de guerre et de gueux.

IV

Un officier de spahis suivant le chemin de Tebessa au bordj d'El-Merridj, à une demi-portée de fusil du douar, fut attiré par le tumulte.

Il interrogea le cavalier indigène lui servant à la fois d'ordonnance, d'interprète et de guide.

L'autre écouta, le cou tendu et la main abritant ses yeux, puis avec indifférence: