—Ce n'est rien, répondit-il, quelque femme qu'on viole.

L'officier était un jeune, tout frais émoulu de l'École Militaire.

Bien qu'étranger aux moeurs des Arabes et ne sachant pas un mot de leur langue, on l'avait nommé sous-lieutenant de spahis. C'est autant à l'ignorance de jeunes et vieux officiers qui n'entendent rien à l'Afrique, qu'à l'incapacité de hauts et bas fonctionnaires qui y entendent moins encore, que nous devrons, si l'on n'y porte remède, la ruine de l'Algérie.

Comme son interprète s'exprimait dans le baragoin cosmopolite appelé Petit Sabir, il crut avoir mal compris et répéta sa question.

—Une femme qu'on viole! répéta distinctement le spahis.

Puis, écoutant de nouveau, penché sur sa selle, prunelles brillantes et narines ouvertes.

—C'est une fille, ajouta l'Arabe, peut-être plusieurs… Ah! on s'amuse là-bas, conclut-il avec un soupir.

—Comment! on force des femmes en public et en plein jour dans ce pays! s'exclama l'officier indigné, en poussant son cheval dans la direction du douar.

—N'y va pas, mon lieutenant, cria le guide. C'est un douar des Beni-Rahan! Des sauvages! Ils n'aiment pas qu'on se mêle de leurs affaires.

Mais l'autre piquait des deux sans l'entendre.