Le spahis le suivit au galop, continuant à l'avertir:

—Ecoute-moi; sur ta tête et la mienne, écoute-moi. Tu n'as pas de barbe au menton. Un officier qui connaît les Arabes peut seul oser ce que tu fais. Que veux-tu leur dire? Tu ne parles pas notre langue. Ils ne te comprendront pas. Je traduirai tes paroles, mais la colère qui passe dans une autre bouche perd de sa force, surtout quand elle a été exprimée par un enfant, car, pardonne-moi, mon lieutenant, ils te prendront pour un enfant, et s'ils respectent le galon de ton képi et la soutache d'or de tes manches, ils ne respecteront pas ta personne.

L'officier n'écoutait pas; il était déjà sur les tentes. Une vingtaine de chiens fauves, s'élancèrent saluant les étrangers de leurs aboiements furieux. Les uns essayaient de mordre les jambes des chevaux; d'autres, plus féroces, sautaient jusqu'à l'étrier pour déchirer la botte.

—Holà! gens du douar! appelez vos chiens, canailles!

Les hommes regardaient, les femmes cessaient leurs cris, et dix ou douze bédouins s'avancèrent lentement au-devant de ces intrus, chassant les chiens de la voix et du geste.

—Que se passe-t-il? demanda impérieusement le sous-lieutenant, roulant les yeux et grossissant sa voix.

Ils toisèrent de la tête aux pieds cet arrogant imberbe, blanc et blond comme une jouvencelle des Ouled-Aidoun[4].

[Note 4: Tribu de Kabylie.]

—Les routes sont à tout le monde, répondirent-ils. Quand nous t'avons aperçu, là-bas, chevauchant sur le chemin, nul d'entre nous n'a songé à sortir du douar pour aller te crier: «Où vas-tu?» Tu peux passer en paix, sans t'inquiéter de nos affaires. Marche! marche! Si tu désires atteindre le bordj avant la nuit, il faut presser ton cheval!

Mais lui, pâle de l'insolence de ces Bédouins et s'adressant à son interprète: