—L'Arabe, son frère, est le chien! Il est pauvre; il trouve ce qu'il peut et ramasse ce qu'il trouve. Parfois, ce sont de mauvais morceaux, des os déjà rongés; il les ronge de nouveau sans se plaindre. Il arrive aujourd'hui qu'ils sont succulents et garnis de chair, il s'en repaît sans crier victoire… Laisse-nous!
—Du diable si j'entends un mot de ce que tu me chantes, répliqua le sous-lieutenant. Allons, place!
On le laissa approcher, et même un jeune homme, près de la tente, en souleva avec complaisance un coin… lui dévoilant une ineffaçable scène.
V
D'abord, dans la pénombre, il ne distingua que des formes vagues. Mais bientôt se déroula le drame.
A terre, sur la natte de palmier de la tente, un coussin de laine sous les reins, une toute jeune fille, nue comme Eve, était étendue.
Sa bouche entr'ouverte laissait apercevoir la ligne éclatante des dents, ses noirs cheveux s'éparpillaient en désordre, comme si des mains crispées avaient secoué sa tête, et ses grands yeux éteints se noyaient dans le vide.
L'officier la crut morte, tant son corps semblait rigide, mais il découvrit bientôt que ses seins, pareils à celui où fut montée la coupe antique, se levaient et s'abaissaient avec des mouvements saccadés, tandis que l'une des jambes nerveusement tendue s'agitait par un tremblement rapide et convulsif.
Pâle, le coeur serré, oppressé comme sous le cauchemar, il ne pouvait détacher ses regards de cette enfant à peine nubile, hésitant à comprendre qu'elle était déchirée par les ruts furieux de ces fauves. La stupéfaction, la pitié, la colère grondaient en lui, quand soudain éclatèrent de lamentables sanglots:
—Baba! ia baba! ia Sidi! (Père, ô mon père, ô mon seigneur!)