Il aperçut alors un peu plus loin; acculée contre une selle, une seconde fillette plus frêle, plus gracile encore. Nue comme l'autre, souillée et déchirée comme l'autre, l'oeil hagard et chargé d'épouvante, elle attendait… Et dans son effarement, elle jetait par intervalles ce cri de détresse, cet appel désespéré à la protection paternelle:

Baba! ia baba! Sidi!

Et elle pleurait toutes ses larmes d'enfant.

—Allons! dit une voix, choisis, prends ta part, si tu veux, celle du
Bureau Arabe: tu y as droit.

—Laissez ces jeunes filles, cria l'officier ivre de fureur, laissez ces jeunes filles! lâches que vous êtes, assassins! brigands!

Et il tira son sabre.

La lame jeta un éclair; mais au même instant, il fut entouré, saisi, désarmé, poussé, porté, remis en selle. Alors, respectueusement, un des anciens lui rendit son arme, répétant ce qu'on lui avait dit déjà:

—Pars; les chemins sont à tout le monde, mais les douars des Beni-Rahan appartiennent aux Beni-Rahan.

—Ce sont des repaires de scélérats! hurla le jeune homme. Des bandits qui violent des enfants, c'est justice de les anéantir par le fer et le feu. A mort! à mort!

La voix du caïd s'éleva dans la foule: