Non jamais, depuis cinquante ans qu'elle assistait à l'éclosion des vierges, et dans la ville et dans la montagne, et dans les dacheras de la plaine, ses yeux n'avaient été aussi réjouis!

Car le Baba Aaroun, désireux de gagner un gendre si influent, un chaouch qui possédait l'oreille du chef du bureau arabe, et qui pourrait à un moment donné envelopper et réchauffer sa vieillesse du burnous écarlate de sheik, avait, en père habile, étalé son enfant sans voiles à la vieille éblouie.

Et pendant plus d'une heure, sans se lasser et avec une ardeur juvénile, elle détailla, complaisante, minutieuse et prolixe, les charmes de la jeune beauté, sans en omettre un seul, à son fils qui l'écoutait bouche béante, l'oeil en feu et la salive aux lèvres.

Aussi, l'affaire fut vite conclue, la sadouka[7] versée au père, et fixé le jour de la noce.

[Note 7: Somme que le futur paye pour l'achat de sa femme.]

II

Sur les longs versants des montagnes kabyles, entre Milah et Djidjelly, dans les villages des Ouled-Aïdoun, on parle encore de la noce de la petite Zaïrah.

Car le bureau arabe du cercle, pour faire honneur à son premier chaouch, assista en corps à la fête; pendant trois jours la poudre parla au-dessus des ravins verdoyants et abrupts, dans les gorges plantées d'oliviers et sur la plage aux genêts épineux.

Et il y eut grande fantasia et grand déploiement de ce qui réjouit le plus la vue du montagnard comme de l'homme de la plaine, les longues tresses des femmes et les longs djelals[8] des chevaux.

[Note 8: Housses de soie brodées d'or que les cavaliers riches mettent sur la croupe de leur chevaux aux jours de fête.]