—Fusillés dans la broussaille ou égorgés dans son douar, nous n'avons pas d'autre choix. Tentons l'aventure.
—Tu as raison, mon lieutenant. Bou-Salem déteste les Roumis qui lui ont tué aux affaires des Beni-Afeur son père et ses frères; mais c'est un juste, et après tout, Dieu seul est le maître de l'heure!
—Allons!
Ils descendirent le versant opposé du plateau et bientôt aperçurent dans un creux du vallon une trentaine de gourbis cachés derrière d'épaisses haies de cactiers et d'aloès.
Le Français crut d'abord le village du chef Kabyle abandonné, car nulle figure humaine ne s'y montrait, mais il s'expliqua bientôt la cause de cette apparente solitude.
A une portée de fusil, près d'un bois d'oliviers, une centaine d'hommes se groupaient autour de deux ou trois personnages gesticulant avec énergie, et les femmes et les enfants assis hors du groupe semblaient écouter anxieusement.
Mais les spahis venaient d'être aperçus: hommes, femmes, enfants se levèrent et de longs fusils hérissèrent cette foule.
Quelques hommes s'en détachèrent et, l'arme sur l'épaule, s'avancèrent lentement à la rencontre des étrangers.
Eux ne chevauchaient aussi que lentement à cause de la descente difficile; enfin, quand ils ne furent plus qu'à une vingtaine de pas les uns des autres, l'officier cria en langue arabe:
—Où est le sheik Bou-Salem?