—Devant toi! répondit un homme à barbe rousse et à l'aspect farouche et menaçant. Que lui veux-tu?

—Lui demander l'hospitalité. Nous avons trouvé les deux mokalis tués à la porte de Bordj. La place n'est pas sûre pour des hommes isolés. Nous venons reposer nos têtes chez toi.

—Chez moi! répliqua le sheik surpris; ignores-tu?..

—Je suis ton hôte et ne veux rien savoir, interrompit le lieutenant.
Voici une lettre du caïd Abderrahman.

Le Kabyle fit quelques pas encore, regarda l'officier avec défiance, puis prenant la lettre, l'ouvrit, examina le cachet en silence et la tendant à un jeune homme qui se tenait tout près, une plume de roseau dans un étui et un encrier à la ceinture:

Khrodja, dit-il, lis.

Le Khrodja (secrétaire) lut d'un ton uniforme et lent:

«Je t'envoie le lieutenant F. Il est mon ami. Ne te contente pas de donner l'alpha et la diffa à lui et aux siens, mais sois pour lui ce que le Prophète veut qu'on soit pour les étrangers qui viennent en ami.» _____

Pendant ce temps, les gens de la tribu s'étaient approchés, et les femmes ne sachant de quoi il s'agissait, hurlèrent à la fois: «A mort! à mort le Roumi et les vendus aux Roumis!»

A ces cris, le sheik se retourna, le sourcil froncé et l'oeil plein de colère: