—Paix, femmes! s'écria-t-il. L'injure est la dernière arme des vaincus, et les cartouchières de nos jeunes hommes contiennent encore de la poudre et du plomb. Ces voyageurs viennent ici en hôtes, ils doivent être les bienvenus. Mets pied à terre, ajouta-t-il en tenant lui-même l'étrier du lieutenant; ma maison est à toi, tu y demeureras à ta volonté, et aussi longtemps que tu seras assis sous son ombre, tu n'auras ni faim, ni soif, et nul ne touchera à un poil de ta barbe.
Et des hommes se saisirent des chevaux et de la mule, tandis qu'il conduisait ses hôtes à son gourbi, et que les Kabyles se groupaient avides de savoir ce que venaient faire ces aventureux au milieu de ce peuple insurgé.
—Rien, répondait le sheik; ils passent leur chemin.
Et, silencieux, ils se retiraient.
Ce fut avec l'appréhension de se réveiller chez le Père Eternel que s'endormit le lieutenant de spahis, et son sommeil fut traversé de songes tout embués de sang. Aussi à l'aube fut-il fort étonné de se trouver encore de ce monde. Le sheik, penché sur lui, secouait son épaule et lui disait: Lève-toi.
Ses chevaux sellés et la mule chargée achevaient bruyamment leur orge, et les Arabes déjà prêts causaient avec les Kabyles et partageaient fraternellement des olives et des morceaux de galette.
L'officier se mit en selle et cherchait des yeux le sheik Bou-Salem pour le remercier, lorsqu'il le vit avec étonnement monter à cheval, lui aussi, suivi de six cavaliers.
—Bon! se dit-il, il va me régler mon compte au milieu de quelque taillis, dès qu'il se croira débarrassé de ses devoirs d'hospitalité.
Mais le sheik semblant lire dans sa pensée lui dit:
—Je vais t'accompagner jusqu'au delà des crêtes de Sidi-Khraled, limites du territoire de ma tribu, car tu pourrais être insulté en chemin, ou pis encore.