Et lorsque le lieutenant, les deux spahis et le muletier dévalèrent sur l'autre versant du Djebel, après avoir pris congé des cavaliers Kabyles, ils se retournèrent plusieurs fois, et les aperçurent sur la crête du mont, éclairés par le soleil levant, le fusil haut sur la cuisse, suivant de l'oeil leurs hôtes qui défilaient paisiblement le long du chemin de Milah.

VIII

CLAIR DE LUNE

La Kabylie était en feu et l'insurrection s'étendait jusqu'à Batna, Setif et Aumale. Le Fort National, Dellis, Tizi-Ouzou, Dra-el-Mizan, Bougie, Bordj-bou-Arreridj, Milah étaient assiégés. Toutes les fermes et les habitations isolées flambaient, abandonnées par les colons trop heureux de sauver leur tête. C'est sur ces entrefaites que le colonel L…, commandant le cercle de Bou-Saada, officier énergique, partit un peu imprudemment avec une minuscule colonne de Tirailleurs Algériens et de Spahis, pour percevoir les impôts dans les tribus du Bled-el-Djerid.

Le premier caïd auquel il s'adressa refusa de rien payer; on dut faire des arrestations, et le lendemain deux ou trois mille Arabes, la plupart du cercle de Bou-Saada, vinrent attaquer notre camp.

On les mit en pleine déroute; et, tandis qu'un escadron de spahis sabrait les fuyards, le colonel fit sonner le ralliement des tirailleurs, et les braves turcos poudreux, sanglants, déchirés, hideux mais épiques, vinrent reprendre leurs rangs sur le front de bandière.

Les sergents-majors firent l'appel; une trentaine d'hommes et deux officiers manquaient dans le bataillon.

—Mes enfants, dit le colonel, je suis content de vous; mais il faut nous hâter de finir la besogne, car si nous ne la finissons pas aujourd'hui, ce sera à recommencer demain, et demain ils seront dix mille.

Les turcos, sombres et immobiles, écoutaient.

Le colonel continua: