Le dernier vêtement des aimées avait glissé sur le tapis fantastique et, éclairée par la flamme, leur peau noire prenait d'étonnants reflets. On eût dit des bacchantes de cuivre s'offrant dans toutes les poses à la fureur des satyres.

Pour fuir cette scène d'orgie, le curé fit de nombreux efforts. Ses jambes refusaient le service, il retombait lourdement sur sa chaise, écarquillant les yeux et poussant des oh! oh! ah! qu'on pouvait prendre pour des gémissements d'indignation ou des exclamations de joie.

L'inspecteur de colonisation, homme paisible et de moeurs honnêtes, étant également en sa qualité de civil laissé à l'écart, se leva à son tour pour ne pas être témoin de cette priapée. Prenant l'abbé Bidoux par les aisselles, il l'entraîna en trébuchant et le poussa hors de la salle. Battant les murs et à tâtons, ils descendirent l'escalier.

Au bas, une douzaine de spahis buvaient philosophiquement du café, gardant la porte d'entrée contre toute invasion indiscrète, tandis qu'un peu plus loin les nègres s'obstinaient à attacher leurs yeux sur les fenêtres d'où nulle lumière ne filtrait plus.

Et leur inquiétude redoublait, car les roulements des tarboukas avaient cessé.

A la vue du curé et de son compagnon, ils se précipitèrent, réclamant leurs femmes.

—Nous les avons prêtées pour la fête, criaient-ils, pour qu'elles jouent du tam-tam seulement.

—Ça ne nous regarde pas, répliqua l'inspecteur de colonisation.

—C'était seulement pour le tam-tam, répétèrent les nègres de plus en plus alarmés.

—Laissez-nous tranquilles, répondit l'inspecteur de colonisation.