--Je t'en prie, je t'en supplie, ma chérie, sois franche avec ton père; tu ne sais pas quelles conséquences peut avoir la réponse que je demande.
--Mais je m'en doute bien un peu, à ton trouble.
--Alors, parle, parle.
--Eh bien, je reconnais, pour parler comme toi, que j'accorde au capitaine des mérites que je ne vois pas dans le baron.
--Et ces mérites auraient-ils été assez grands pour que, malgré son manque de naissance ou plutôt malgré la tare de sa naissance, et aussi malgré son manque de fortune, tu l'acceptes comme mari?
--Justement parce que, grâce à l'héritage de mon oncle, la fortune ne compte pas pour moi, j'aurais aimé à choisir mon mari en dehors de toute préoccupation d'argent; ne pas le refuser parce qu'il aurait été pauvre, ne pas l'accepter parce qu'il aurait été riche.
--Et la naissance?
--Ça, c'est une autre affaire: il est certain que dans le monde le baron d'Arjuzanx, dont les ancêtres occupaient des charges auprès du roi Henri, fait une autre figure que le capitaine Valentin Sixte.
--Tu l'aurais donc refusé pour cette tare?
--Je ne dis pas ça: J'aurais regretté que le capitaine n'eût pas le nom du baron; mais je regrette encore bien plus à tous les autres points de vue que le baron ne soit pas le capitaine.