Alors elle se calma, et si bien, qu'elle voulut donner elle-même le texte de la lettre à écrire au baron; ce qu'il fallait, c'était éviter de présenter des explications difficiles, et se contenter de dire avec politesse que, leur fille n'étant pas décidée à se marier encore, il convenait d'interrompre des entrevues qui pouvaient avoir des inconvénients.
Anie et son père se regardèrent, se demandant s'ils devaient profiter de cette ouverture, mais ni l'un ni l'autre n'osa commencer; c'était un si heureux résultat d'avoir obtenu l'abandon du baron qu'ils jugèrent plus sage de s'en tenir là; plus tard on agirait pour faire accepter le capitaine; à la vérité tous deux sentaient qu'il eût mieux valu donner un autre motif de rupture que celui que madame Barincq proposait, et ne pas l'appuyer sur la volonté d'Anie de ne pas se marier encore; mais cela n'était possible qu'en entrant dans des explications devant lesquelles le père et la fille reculèrent.
Quand la lettre fut écrite, madame Barincq la relut deux fois, puis, avant de l'enfermer dans son enveloppe, elle la balança plusieurs fois entre ses doigts:
--Tu veux qu'elle parte? dit-elle en regardant sa fille.
--Mais certainement.
--Que ta volonté s'accomplisse, et fasse le ciel que ce soit pour ton bonheur! Qui sait si celui qui remplacera M. d'Arjuzanx le vaudra!
Mais cette parole n'émut ni la fille ni le père; ils savaient, eux, combien celui qui devait remplacer le baron valait mieux que celui-ci.
Le lendemain matin, à l'ouverture de l'étude, Barincq entrait dans le cabinet de Rébénacq. Quand le notaire entendit parler de rupture avec le baron, il ne montra aucune surprise.
--Dois-je t'avouer que je m'y attendais? dit-il.
--Et pourquoi t'y attendais-tu?