Et souvent son premier mot, lorsqu'elle s'asseyait près de lui, était pour le complimenter :
— Tu sais que tu rajeunis ?
— Comme toi tu embellis ? Mais n'en doit-il pas être ainsi pour nous ? Quand, pendant de longues années, on a vécu d'une façon absurde qui semble savamment combinée pour dévorer la vie au tirage forcé, n'est-il pas logique que le jour où l'on se conforme aux lois de la nature, l'organisme qui n'a pas éprouvé de trop graves avaries se repose tout seul et reprenne son fonctionnement régulier ? Voilà pourquoi je suis si heureux de te voir accepter ces exercices un peu violents et ces fatigues qui ont manqué à ta première jeunesse ; sois certaine que la médecine fera un grand pas le jour où elle ordonnera les bains de soleil et défendra les rideaux et les ombrelles.
— Ils m'amusent, ces exercices.
— N'est-ce pas ?
— Il me semble que ça se voit.
— Je veux dire que tu ne regrettes pas l'existence que je vous impose.
— Je m'y suis si bien et si vite habituée que je n'en vois pas d'autre qu'on puisse prendre quand on a la liberté de son choix.
— Quelle différence entre aujourd'hui et il y a quelques mois !
— C'est en faisant cette comparaison que je me suis bien souvent demandé si les pauvres êtres courageux, mais aussi très malheureux qui acceptaient cette misère étaient vraiment les mêmes que ceux qui habitent ce château ?