Quand il entra dans la chambre, elle leva la tête.
— Te voilà ? dit-elle.
Il vint au lit, et, se penchant sur elle, il l'embrassa longuement.
— Il ne faut pas m'en vouloir, j'ai été retenu, je t'expliquerai.
— Mais je ne t'en veux pas.
Moins troublé il eût remarqué que, pour une femme qui s'éveille, la voix d'Anie était étrangement tremblante ; mais, tout à son émotion, il ne fit pas cette observation.
C'est qu'en réalité, Anie, qui n'avait pas dormi depuis qu'elle s'était mise au lit à son heure habituelle, ne venait pas de s'éveiller.
En recevant la dépêche de son mari, alors qu'elle l'attendait pour dîner, elle avait éprouvé une commotion violente, hors de toute proportion, semblait-il, avec un fait si simple.
Pourquoi restait-il chez le baron ? Comment oubliait-il la promesse qu'il lui avait faite de revenir immédiatement ? Et, ce qui était plus grave, comment ne pensait-il pas qu'après les craintes qu'elle lui avait montrées, cette dépêche allait la jeter dans l'inquiétude et dans l'angoisse ?
C'était la première fois qu'il lui manquait de parole, la seconde fois qu'il la laissait dîner seule ; et toujours pour le baron. Que lui ménageait donc cette liaison qui l'épouvantait ?