—C'est impossible.

—Si vous me répondez avec cette certitude, je n'ai rien à ajouter.

—Mais, qui triche?

—Cela est plus délicat; nous avons des soupçons, mais, comme il arrive le plus souvent, les preuves manquent; tandis que mes agents peuvent protéger le pauvre diable à qui l'on vole cent sous, ils ne peuvent rien pour le monsieur à qui l'on vole cent mille francs, puisqu'ils n'entrent pas dans vos cercles. Enfin, j'ai des rapports sérieux qui ne permettent pas le doute; on triche chez vous; il est vrai qu'on triche aussi ailleurs; mais ce qui se passe ailleurs ne vous regarde pas, tandis que vous avez intérêt à savoir ce qui se passe chez vous, afin d'éviter un éclat: voilà pourquoi je vous avertis.

Bien que bouleversé par cette révélation, Adeline trouva de chaudes paroles de remerciement, puis il expliqua les mesures qu'il allait prendre avec son gérant et son commissaire des jeux pour découvrir les voleurs.

Mais aux premiers mots le préfet l'arrêta:

—Croyez-moi, ne prenez des mesures avec personne; prenez-les avec vous-même. Vous avez confiance dans votre gérant, c'est parfait; mais enfin il n'en est pas moins vrai qu'en cette occasion il est dans son tort puisqu'il n'a rien vu; ou s'il a vu sans vous prévenir, il y est encore bien plus gravement; et c'est toujours un mauvais moyen de recourir à ceux qui sont en faute. Opérez vous-même. Ne vous fiez qu'à vous. Il ne vous est pas difficile de surveiller vos gros joueurs.

—Notre plus gros joueur est le prince de Heinick.

—Surveillez le prince de Heinick comme les autres: il n'y a pas de prince devant le tapis vert, il n'y a que des joueurs, et la façon dont un joueur surveille un autre joueur vous montre quelle confiance on s'inspire mutuellement dans cette corporation.

—Faut-il donc soupçonner tout le monde?