—Hé, hé!
—Mais alors ce serait à quitter la société.
—Au moins une certaine société.
Sur ce mot le préfet voulut s'éloigner, mais Adeline le retint: il était épouvanté de la responsabilité qui lui tombait sur les épaules, et il ne l'était pas moins de son incapacité qu'il avoua franchement. Comment découvrir les nouvelles tricheries, quand il connaissait à peine les anciennes? Il lui faudrait quelqu'un pour l'éclairer, le guider. Il termina en demandant au préfet de lui donner ce quelqu'un:
—Il y a des inspecteurs de la brigade des jeux; donnez m'en un.
—Si les inspecteurs connaissent les grecs, les grecs connaissent encore mieux les inspecteurs; que je vous en donne un, et que vous l'introduisiez dans votre cercle, les choses, tant qu'il sera là se passeront avec une correction parfaite.
Adeline se montra si désappointé que le préfet ne voulut pas le laisser sur cette réponse décourageante.
—Je vais m'informer si on peut vous donner quelqu'un qui exerce une surveillance sans danger d'être reconnu, et aussi sans provoquer l'attention: mes agents ne se recrutent pas dans le monde de la diplomatie, malheureusement, et il y en a plus d'un dont la tournure et la tenue seraient déplacées dans votre cercle. Demain vous aurez ma réponse.
Cette nuit-là, Adeline la passa au cercle à surveiller les joueurs, rôdant autour des tables, cherchant, examinant, mais ne voyant rien d'irrégulier. À la vérité, le prince de Heinick eut une banque exceptionnellement heureuse, mais sans que rien pût éveiller les soupçons dans sa manière de tailler, qui était la plus correcte au contraire, la plus élégante qu'on eût encore vue au Grand I. C'était presque du bonheur; en tout cas, pour plus d'un ponte, c'était presque un honneur de se faire gagner son argent par un si noble banquier, numéroté dans l'Almanach de Gotha, et apparenté à des Altesses: «J'ai attrapé hier avec le prince Heinick une culotte qui peut compter!» Ça pose de se faire culotter par un prince.
Le lendemain, Adeline attendait le préfet avec une impatience nerveuse.