—Rien.
—Alors, comment pouvez-vous porter une pareille accusation contre un homme dans sa situation et que nous a présenté un membre des grands cercles?
—Vous me demandez mon impression, je vous la donne; si vous voulez que je ne dise rien, je me tais.
—Mais qui vous fait croire...?
Dantin expliqua ce qui lui faisait croire que le prince était un filou, en insistant principalement sur la sûreté de son tirage:
—Il n'y a pas de séquences, dit-il en concluant, il n'y a très probablement pas de filage, mais il y a quelque chose, et ce quelque chose je le chercherai, j'espère même que je le trouverai, seulement il faudrait avant que j'eusse les cartes avec lesquelles le prince a taillé.
—Elles étaient neuves.
Dantin ne répliqua pas, mais il insista pour examiner ces cartes, et comme ce soir-là il était impossible de retrouver avec certitude dans la corbeille celles qui avaient servi au prince à tailler, il fut convenu que cet examen serait remis au lendemain. Ce retard contraria Adeline, qui aurait voulu ce soir même expulser de son cercle le croupier Julien, ainsi que le garçon de jeu Théodore; mais il fallait bien attendre et laisser le prince prendre encore une banque sans éveiller les soupçons de personne, alors même que cette banque du lendemain devait être aussi désastreuse que celle qui venait de finir.
Elle le fut; les choses se passèrent exactement comme la veille: même façon de jouer et de tirer, même gain, même impossibilité pour Dantin de rien voir.
Comme cela avait été convenu, aussitôt que la banque fut finie, il se rendit dans le cabinet du président, où celui-ci arriva presque aussitôt, accompagné de Bunou-Bunou, mis dans le secret, afin de donner plus de solennité à l'examen. Ils apportaient les cartes de la dernière banque. Vivement Dantin les prit, les palpa, les examina; toutes passèrent par ses doigts et sous ses yeux.