—Cologne.

XIV

Quand le prince de Heinick fut en route pour Cologne, Adeline put enfin s'expliquer avec Frédéric et lui demander l'expulsion du croupier Julien et du garçon de jeu qui changeait si bien la monnaie,—ce qu'il fit franchement, sévèrement.

Aux premiers mots, l'émoi de Frédéric fut vif: un agent au cercle! qu'avait-il vu? qu'avait-il dit? que savait le président?

Aussi écoutait-il sans interrompre une seule fois; avant de se lancer, il fallait être renseigné.

Ce fut seulement quand Adeline fut arrivé au bout de son réquisitoire qu'il prit la parole—d'un air consterné, et aussi outragé.

—D'abord je dois vous dire qu'avant une heure Julien et Théodore seront chassés du cercle; ce sont des misérables qui méritent d'autant moins de pitié que nous avions plus de confiance en eux; j'avoue que de ce côté je suis en faute; j'ai péché par trop de confiance précisément; je ne les ai point surveillés avec les yeux du soupçon; je suis dans mon tort, je le reconnais.

Il avait débité ce petit couplet la tête basse, humblement; mais il la releva et reprit sa fierté, son air Mussidan:

—Maintenant, permettez-moi d'ajouter que je suis... plus que surpris, plus que peiné, en un mot, profondément blessé, que tout ce qui vient de se passer se soit fait en dehors de moi, par-dessus ma tête, en me tenant à l'écart, comme si je n'avais pas la responsabilité de l'administration de ce cercle; vous comprendrez donc que je vous demande les raisons pour lesquelles vous avez agi de cette façon.

Cette susceptibilité était trop légitime pour qu'Adeline s'en fâchât; il en attendait même l'explosion, et il n'eût pas compris que chez un homme comme le vicomte elle n'éclatât point; aussi sa réponse était-elle prête: