—Dites à madame Eck que jamais je ne toucherai une carte, s'écria Adeline, et que le jeu me fait horreur, vous entendez, horreur!
—Elle le saura, et il va de soi que ses sentiments d'il y a quelques jours seront ceux de temain: le mariage est fait. Obtenez le consentement de la Maman, et tans un mois nos enfants seront mariés, je vous le promets. Si ma mère a cédé, il me semble que la vôtre cédera bien aussi: les conditions ne sont-elles bas les mêmes? Je dois vous tire que ma mère tient à ce consentement, et qu'elle retirerait le sien si madame Ateline persistait dans son hostilité: elle veut l'union des familles, et cela est trop chuste pour que nous ne respections pas sa volonté. Quant aux affaires, nous les arrangerons ensemble.
Dans son trouble de joie, Adeline avait oublié cette terrible question des affaires; ce mot le rejeta durement dans la réalité.
—Je dois vous dire....
Mais le père Eck lui ferma la bouche:
—Un seul mot: Avez-fous d'autres dettes que celles qui grèvent la propriété du Thuit; des dettes personnelles, par exemple?
—Non.
—Eh pien, les affaires s'arrangeront. Je sais que vous ne pouvez pas donner de dot à mademoiselle Perthe en ce moment. Je connais fotre situation. Nous nous en passerons. Mademoiselle Perthe est une fille qui vaut encore six cent mille francs, en mettant les choses au pire; c'est assez, si vous voulez bien donner votre concours à Michel pour la fabrique que nous allons établir, et qui remplacera la vieille fabrique «en chambre» Ateline, par la fabrique «industrielle» Eck et Debs-Ateline. Dans six mois, nous marchons. Nous pouvons avoir pour soixante-quinze mille francs les bâtiments de l'établissement Vincent, qui en ont coûté quatre cent mille il y a six ans; nous y installons nos métiers; nos essais sont faits; nos échantillons sont prêts; dans six mois, je fous le tis, nous filons et nous battons; pas de tâtonnements, pas de coûteuses expériences. Nous ferons venir de Roubaix les ouvriers qui nous manqueront; assez d'ouvriers ont émigré d'Elpeuf à Roubaix, pour que nous fassions revenir quelques-uns de ces pauvres émigrés; cela sera trôle.
Il se mit à rire, enchanté de ce bon tour de concurrence commerciale.
—L'engouement du peigné commence à se calmer, on s'aperçoit que deux toiles appliquées l'une contre l'autre sans que la laine soit mélangée se coupent vite à l'usage; on s'aperçoit aussi que les couleurs vives qui plaisent chez le tailleur virent et passent exposées à l'air, et betit à betit on revient au foulé; le chour où l'évolution sera complète, nous serons là monsieur Ateline, et nous livrerons conforme. Ah! ah!