Car il ne pouvait pas plus se défendre que céder.
Pour se défendre, il fallait commencer par avouer qu'il avait joué à son insu avec des cartes préparées par des gens qui voulaient le perdre, et les explications ne pourraient venir qu'ensuite: l'aveu, le monde le saisirait au bond; les explications, qui les écouterait?
S'il cédait, si une fois il accordait aux mangeurs ce qu'ils lui demanderaient, ne faudrait-il pas céder toujours, tant que ceux qui voulaient l'exploiter lui verraient une ressource?
Il relut les journaux, pesant chaque mot, et il se rendit mieux compte de l'enveloppement qui se faisait autour de lui: ce n'était qu'une préparation, mais combien menaçante s'annonçait-elle!
Pour que sa femme ne les trouvât pas, il les déchira en petits morceaux qu'il jeta au vent; mais une rafale de l'ouest les prit en tourbillon et les emporta vers la ville; alors un frisson le secoua comme si chaque lambeau était un journal complet qu'Elbeuf allait lire.
Quand il rentra, sa femme lui dit qu'on était venu le demander; quelqu'un qui n'était pas un acheteur et qui devait revenir.
Jamais il ne s'était inquiété des gens qui avaient affaire à lui; il verrait bien; mais il n'était plus au temps où il pouvait se dire tranquillement qu'il verrait bien; il avait peur de voir.
IV
Il y avait à peine un quart d'heure qu'Adeline avait repris sa place en face de sa femme, quand la porte du bureau s'ouvrit, poussée par un homme de trente à trente-cinq ans, portant sous son bras une serviette d'avocat bourrée de papiers: évidemment c'était l'ennemi.
—M. Adeline.