Mais, en voyant arriver le bateau sur lequel il devait s'embarquer, sa femme, sa fille se dressèrent devant ses yeux; pouvait-il les abandonner sans avoir assuré le mariage de sa fille?
V
Avant de quitter Paris, il envoya une dépêche à sa femme.
«Je rentre à Elbeuf; partez pour le Thuit; invite Michel à passer la journée de demain avec nous.»
Telles qu'étaient les habitudes de la maison, une dépêche de ce genre voulait dire qu'après la paye, la famille montait dans la vieille calèche et s'en allait au Thuit; pour lui, il trouvait la charrette à la gare, à l'arrivée du train de Paris, et rejoignait les siens; par ce moyen, la Maman ne se couchait pas trop tard, et le lendemain on s'éveillait au chant des oiseaux, avec de la verdure devant les yeux, en pleine campagne, ce qui était plus gai que l'impasse du Glayeul où, s'il y avait eu des glaïeuls autrefois, ainsi que le nom l'indiquait, on n'y trouvait plus depuis longtemps, en fait de couleurs gaies, que celles de l'indigo, et en fait de parfums que sa senteur douceâtre.
Les choses s'exécutèrent comme il l'avait demandé: à sept heures, la Maman, madame Adeline, Berthe et Léonie partirent pour le Thuit, et quand il descendit à neuf heures et demie à la gare, il trouva la charrette qui l'attendait: une heure après il arrivait au Thuit, et à la lueur d'une lanterne il voyait sa femme, sa fille et sa nièce venir au-devant de lui.
—Quelle bonne surprise! dit madame Adeline.
—Il n'y aura pas séance lundi; j'ai pu revenir, dit-il pour expliquer ce retour sans que sa femme s'en étonnât.
—Comme tu es gentil d'avoir pensé à inviter Michel pour demain! dit Berthe en se serrant contre lui.
—Tu es contente?