Il obéit et revint prendre sa place, décidé à aborder l'entretien décisif qui devait assurer le mariage de Berthe.
—Comme tu es pâle! dit-elle en le regardant de nouveau; comme tes traits sont contractés! Tu n'es pas bien, mon garçon.
—Mais si.
—Il ne faut pas me démentir; j'ai encore de bons yeux quand il s'agit de toi; quand tu étais petit et que tu devais être malade, je le voyais avant tout le monde, avant ton père, avant le médecin; je leur disais: «Constant va avoir quelque chose»; je ne me suis jamais trompée: les mères ont des yeux pour lire dans leurs enfants. Qu'est-ce que tu as? Ce n'est pas d'aujourd'hui que ça ne va pas. Pendant les quinze jours que tu viens de passer avec nous, j'ai bien des fois remarqué que tu étais tantôt pâle, tantôt rouge, sans raison; il n'y avait des instants où tu étouffais, d'autres où tu n'entendais pas ce qu'on te disait.
A mesure que sa mère parlait, une idée s'éveillait dans son esprit, qui, lui semblait-il, devait assurer le mariage de Berthe.
—Il est vrai, répondit-il, que je suis très tourmenté.
—Par tes affaires?
—Par l'état de ma santé et par le mariage de Berthe.
—Qu'est-ce que tu as, mon garçon? demanda-t-elle d'un accent attendri, à qui parleras-tu, si ce n'est à ta mère.
—J'aurai voulu t'éviter un grand chagrin: demain, dans une heure, je peux être mort.