Et pour essayer de le distraire, elle racontait des histoires de jeunesse, de mariage; elle se faisait aimable avec Michel.
Dans les sauts de la conversation, Michel demanda à Adeline ce que c'était un journal appelé l'Honnête Homme.
—Mon oncle, mes cousins et moi, nous en avons reçu chacun un exemplaire; il annonce une étude sur les cercles, avec des portraits que chacun reconnaîtra; vous me mettrez les noms sous ces portraits, n'est-ce pas?
Adeline avait pâli, et, en sentant les yeux de sa femme posés sur lui, il n'avait pas tout de suite trouvé une réponse.
—Je pense que c'est un journal de scandale et de chantage, dit-il enfin, et je ne crois pas que ses portraits aient de l'intérêt.
Michel n'insista pas: au fait, que lui importait l'Honnête Homme? il n'en avait parlé que par hasard.
Après le déjeuner, Adeline voulut montrer les bâtiments de la ferme à Michel, et, en causant d'un air indifférent, il demanda au fermier s'il avait toujours à se plaindre des lapins:
—Les lapins! n'en parlez pas, monsieur Adeline, ils me mangent tout mon cossard; si on ne les panneaute pas, ils n'en laisseront pas.
—Eh bien, vous les panneauterez la semaine prochaine; aujourd'hui je vais vous en tuer quelques-uns à coup de fusil.
—Oh! papa, dit Berthe.