Adeline, assis vis-à-vis de sa fille, la regardait s'occuper de ces deux gamins, et à voir les prévenances, les attentions qu'elle avait pour eux en leur disant de douces paroles à l'accent maternel, il s'attendrissait.
—Si ce mariage avec Michel Debs manquait, trouverait-elle à se marier plus tard? Ne serait-elle pas privée d'enfants, elle qui les aimait si tendrement?
A un certain moment, il exprima tout haut cette pensée, au moins en partie:
—Quelle bonne mère tu ferais! dit-il.
Ce fut le mot auquel il revint lorsque, après le déjeuner, ils sortirent seuls dans le jardin, et par la futaie gagnèrent la forêt. Il avait pris le bras de sa fille, et soulevant de leurs pieds les feuilles tombées des hêtres, marchant sur le velours des mousses, ils allaient lentement côte à côte, lui ému par ce qu'il avait à dire, elle troublée et angoissée par cette émotion qu'elle sentait et qu'elle attribuait, aux tourments de leur situation.
—Quand je disais tout à l'heure que tu ferais une bonne mère, te doutes-tu que ce n'était pas une allusion à un fait en l'air?
Elle le regarda toute surprise, sans comprendre, et cependant en rougissant.
—As-tu deviné pourquoi M. Eck est venu hier soir? continua-t-il.
Elle leva encore les yeux sur lui un court instant, puis vivement les baissant:
—Fais comme si je l'avais deviné, murmura-t-elle.