Adeline hésita un moment:
—Alors, nous le mettrons ensemble, dit-il.
VII
C'était la première fois qu'Adeline avait quelque chose à demander pour lui-même.
Comme tous les députés, il avait passé bien des heures de sa vie dans les antichambres des ministres et usé de nombreuses paires de bottines sur le carreau poussiéreux des corridors des bureaux à la Guerre, aux Finances, à la Justice, à la Marine, au Commerce, à l'Agriculture, aux Travaux publics, à l'Instruction publique, aux Affaires étrangères, aux Postes, à l'Intérieur, à la Préfecture de la Seine, à la Préfecture de police, aux ambassades, aux consulats, partout où il y a à solliciter et à faire sortir des cartons les paperasses qui s'obstinent à y rester, mais toujours ç'avait été dans l'intérêt des villes ou des communes de sa circonscription, pour les affaires de ses électeurs, jamais dans le sien et pour les siennes; le gouvernement ne pouvait rien pour lui, il n'avait pas de parents à placer, pas de combinaisons financières à appuyer, pas de concessions à obtenir; quand on l'avait décoré, on était venu à lui et il n'avait eu qu'à accepter ce qu'on lui offrait.
Maintenant, il ne s'agissait plus de rester tranquillement chez soi en attendant, il fallait demander.
De là son embarras.
A la vérité, s'il se faisait demandeur, c'était dans un intérêt général, supérieur à toutes considérations personnelles: mais enfin il n'en devait pas moins résulter pour lui certains avantages qui gênaient sa liberté; il se fût senti plus allègre, il eût porté la tête plus haut s'il avait été dégagé de toute attache.
Il s'y prit à trois fois avant d'aborder le préfet de police, comme s'il n'osait point sauter le pas.
Aux premiers mots, le préfet de police, qui, depuis qu'il était en fonctions, avait cependant appris à écouter en se faisant une tête de circonstance, laissa échapper un mouvement de surprise: