Cela ne fut pas dit sur le ton d'une leçon, ni comme un avertissement direct; mais, cependant, il y avait dans l'accent une gravité qui devait donner à réfléchir.
—Nous n'aurons rien à craindre de ce côté, dit Adeline en pensant à son ami le vicomte, qui serait le véritable gérant sous le nom de Maurin, beaucoup plus qu'à l'ancien notaire, qu'il connaissait à peine.
Évidemment, s'il avait pu nommer le vicomte de Mussidan, le préfet aurait gardé son observation pour lui, ou plutôt elle ne lui serait pas venue à l'esprit, mais c'eût été une indiscrétion: le vicomte avait des raisons respectables pour vouloir rester dans la coulisse, il convenait de l'y laisser.
—Et quels sont avec vous les membres fondateurs? demanda le préfet.
—Voici les noms de ceux qui ont signé la demande avec moi, répondit Adeline en tirant une feuille de papier de sa poche.
Le préfet lut les noms:
—Duc d'Arcala, comte de Cheylus, Bunou-Bunou, général Castagnède...
A ce nom, il fit une pause, car ce général était celui-là même qu'on appelait le général Epaminondas dans le Midi, et il le connaissait.
Il en fit une aussi au nom de l'ancien ambassadeur, dont l'existence besoigneuse ne lui était pas inconnue.
Mais pour les autres, Bagarry, le compositeur de musique, Fastou, le statuaire, il lut couramment, de même pour les notables commerçants dont Adeline avait obtenu lui-même les signatures.