—Encore un mot, dit Lozès, je vous ai expliqué que notre homme se chargerait de pourvoir à tous vos besoins. C'est beaucoup, mais ce n'est pas tout. Vous êtes seule; que ferez-vous le jour où vous aborderez le théâtre? Rien, n'est-ce pas. Vous laisserez les choses aller. Eh bien, en agissant ainsi, elles n'iraient pas. Il vous faut quelqu'un d'actif, d'intelligent, d'intrigant pour arranger vos engagements, pour préparer vos succès, pour gagner ou éclairer la critique, qui ne voit que ce qu'elle a intérêt à voir ou que ce qu'on lui montre: Sciazziga sera ce quelqu'un, et grâce à lui le succès vous arrivera agréable et appétissant, comme un poulet bien rôti arrive sur la table de ceux qui ont un bon cuisinier, sans qu'ils aient senti l'odeur de la cuisine. C'est quelque chose cela, en un temps comme le nôtre, qui n'est que de réclame. Où voulez-vous que je vous envoie notre Italien?

Elle rougit et balbutia en pensant à sa misérable mansarde.

—Est-ce que vous n'êtes pas seule comme vous me le disiez? demanda Lozès remarquant son embarras.

—Oh! monsieur, s'écria-t'elle avec confusion.

—Enfin vous demeurez quelque part, sans doute?

—Oui, cité des Fleurs, à Batignolles; mais si M. Sciazziga vient dans ma pauvre chambre, il sera, je le crains, mal disposé à m'accorder les conditions que vous me conseillez d'exiger.

—Je n'avais pas pensé à cela, ma pauvre enfant. Il vaut mieux qu'il vous voie ici alors. Je lui donnerai rendez-vous. Revenez après-demain à quatre heures.

—Oh! monsieur, combien je suis touchée de votre bonté!

—Vous verrez, ma petite, que bonté et talent sont synonymes: tout se tient en ce monde; un homme qui a un grand talent est toujours bon.