—Dans le premier moment d'inquiétude et malgré le scandale de sa conduite, nous avons eu la bonté de la faire chercher; nous avons même prévenu la police; tout ce qu'on a pu découvrir ça été un indice: le commissionnaire qui a porté ses bagages l'a entendue donner au cocher l'adresse de la gare Saint-Lazare, mais ce cocher n'a point été retrouvé; concluant de ce renseignement qu'elle aurait dû aller à Rouen, j'ai fait prendre des renseignements à Rouen, on ne l'y a point vue, et il paraît même à peu près certain qu'elle n'y est point venue; dans les hôtels de Paris, dans les maisons meublées, les recherches n'ont point abouti, bien qu'elles aient été dirigées par une main habile.

—Eh bien, je les ferai aboutir, moi.

—Tu n'as pas l'intention de nous ramener Madeleine chez nous, n'est-ce pas? nous ne la recevrions pas.

—Tu lui fermerais ta maison?

—Quoi qu'il arrive, jamais elle ne rentrera ici.

—Quand tu m'as demandé de partir pour Madrid, j'ai cédé à ton désir qui, tu le sais, n'était pas d'accord avec le mien. Je l'ai fait pour toi et pour ma mère. Mais je l'ai fait aussi pour Madeleine, afin qu'elle pût rester dans cette maison, près de vous qui l'aimeriez et la consoleriez. Puisque tu posais la question de telle sorte qu'elle ou moi devions partir, je n'ai pas voulu que ce fût elle, et je me suis exilé à Madrid, où je n'avais que faire, et où je suis resté malgré mon ennui. Mais je m'imaginais que Madeleine était heureuse, tranquille, choyée, aimée, c'est-à-dire consolée, et je ne parlais pas de revenir à Paris. Au lieu de la consoler, vous avez voulu la marier.

—Nous avons voulu assurer son avenir, comme c'était notre devoir.

—Et le mien, vous l'avez oublié. Ma mère et toi vous saviez quelles étaient mes intentions à l'égard de Madeleine, quels étaient mes sentiments.

Parlant ainsi, il avait fait un pas en arrière du côté de la porte.

—Où vas-tu?