Elle garda un moment de silence.
—Tu mériterais, dit-elle, que je t'avoue que je vais chez un amant; je ne le ferai point, et d'ailleurs tu en sais trop maintenant pour ne pas tout savoir. Je t'ai dit que j'avais eu un frère. Il est mort, laissant trois enfants qui sont orphelins, car leur mère est plus que morte pour eux. Je les ai pris, je les élève, et je viens passer quelques heures avec eux le dimanche et le jeudi. Quand ils ne sont pas à l'école, je les interroge et joue avec eux, et je leur prouve par un peu de tendresse qu'ils ne sont pas seuls au monde. Nous voici devant leur porte; monte avec moi. Ne résiste pas; je le veux; ce sera ta punition, jaloux!
Ils montèrent; il n'y avait personne dans l'escalier et toutes les portes étaient fermées; en arrivant au palier du premier étage, il la prit dans ses deux bras, et l'embrassant:
—Tu es un ange! dit-il.
Durant quelques secondes elle le regarda tendrement; puis tout à coup se mettant à rire:
—Et toi, dit-elle, sais-tu ce que tu es?—de ses lèvres elle lui effleura l'oreille,—une grande bébête.
C'était au dernier étage qu'habitaient les enfants, dans un logement simple, très-simple, mais cependant convenable: pour les garder et les soigner ils avaient avec eux une vieille paysanne, ce fut elle qui vint ouvrir la porte.
Aussitôt les trois enfants accoururent et se jetèrent sur Cara, sans faire attention à Léon qui se tenait un peu en arrière.
—Bonjour tante, bonjour tante, quel bonheur!