Comme il était changé! Il avait pâli; ses traits étaient fatigués, des plis coupaient son front.
Mais elle se garda bien de lui faire part des tristes réflexions que cet examen provoquait en elle; elle ne l'eût pu qu'en les accompagnant de reproches, et ce n'était point pour lui adresser des reproches qu'elle lui avait écrit et qu'elle l'avait appelé près d'elle.
D'ailleurs, au lieu d'interroger, elle devait pour le moment répondre, car elle, aussi avait changé sous l'influence du chagrin d'abord, de la maladie ensuite, et Léon lui posait question sur question pour savoir depuis quand elle était souffrante, ce qu'elle éprouvait, ce que le médecin disait.
Ils s'entretinrent ainsi longuement, sur un ton également affectueux chez la mère aussi bien que chez le fils, et sans que rien dans leurs paroles, dans leur accent ou dans leur regard fit allusion à ce qui s'était passé de grave entre eux.
Il s'informa de la santé de son père, de celle de sa soeur, de celle de quelques vieux amis, mais il ne parla pas de son beau-frère, prenant ainsi la responsabilité de la plaidoirie de Nicolas.
Le temps s'écoula sans qu'ils en eussent conscience, et, comme la demie après six heures sonnait, la femme de chambre entra portant dans ses bras une nappe, des assiettes et un verre, puis elle se mit à dresser le couvert sur une petite table.
—Tu manges donc? demanda Léon.
—Oui, depuis deux jours, mais jusqu'à présent, j'ai mangé du bout des dents, le pain avait un goût de plâtre, il me semble aujourd'hui que j'ai presque faim, tu me guéris.
La femme de chambre, qui n'avait pu apporter tout ce qui était nécessaire en une seule fois, était sortie.
—Si j'osais? dit madame Haupois.