—Je sais bien que vingt mille francs c'est une somme, même pour tous ceux qui ne sont pas des pauvres diables; mais il ne faut pas oublier que, si vous aviez l'ennui de passer en police correctionnelle, le moins qui pourrait vous arriver, ce serait d'être condamné à restituer l'excédant de ce qui vous était dû légitimement, et de plus, à payer une amende s'élevant à la moitié de ce que vous avez prêté; rappelez-vous Sichard, Ledanois, Adam et autres que vous connaissez mieux que moi, et voyez si le total de tout cela n'excéderait pas les vingt mille francs pour lesquels vous criez si fort.

—Vous ne ferez pas cela.

—Je ne le ferais que si vous refusiez d'écrire la lettre que je vous demande, laquelle ne sera pas montrée à madame Haupois-Daguillon, je vous en donne ma parole. Au contraire, si vous l'écrivez, je vais prendre l'engagement de vous payer moi-même vos deux billets dans le cas où madame Haupois-Daguillon les refuserait.

—Que ne disiez-vous cela tout de suite! s'écria Rouspineau. Dictez-moi ce que vous voulez que j'écrive; dès lors que vous vous engagez à payer si madame Haupois-Daguillon ne paye pas, je sais bien que je n'ai pas à craindre que vous fassiez un mauvais usage de cet écrit.

Cara dicta et Rouspineau écrivit:

«Je soussigné, reconnais: 1° que c'est par ordre de madame Haupois-Daguillon que j'ai fait des démarches pour être payé par M. Léon Haupois de ce qu'il me doit; 2° que les quatre premiers billets souscrits par M. Léon Haupois ont été payés à l'échéance par la maison Haupois-Daguillon; et qu'ils n'ont été protestés que pour la forme.

«ROUSPINEAU.»

Cela fait, Cara écrivit elle-même l'engagement de payer les vingt mille francs restant dus, si les billets n'étaient pas acquittés par M. et madame Haupois-Daguillon; puis elle quitta Rouspineau, qui en fin de compte ne se plaignait pas trop de la conclusion de cette affaire; de vrai, elle aurait pu plus mal tourner; elle avait bec et ongles, madame Cara, et il valait mieux être de ses amis que de ses ennemis.

En sortant de chez Rouspineau, Cara ne rentra point chez elle, mais elle se rendit rue du Helder, chez son ami et conseil, l'avocat Riolle.

Comme le jour où elle était venue demander à Riolle ce que valait la maison Haupois-Daguillon, elle entra par la petite porte dans le cabinet de l'avocat, et, comme ce jour-là encore, elle trouva Riolle penché sur ses dossiers et travaillant.