—Et tu as toujours trouvé au nouveau des mérites que l'ancien n'avait pas ou plus justement n'avait plus.
—Enfin, je t'assure que cette fois, c'est la bonne: tu ne connais pas Léon, c'est le meilleur garçon du monde, bon enfant, simple, tendre, affectueux, n'ayant pas d'autre souci, d'autre préoccupation, d'autre passion que d'aimer. Quand je pense qu'il y a des femmes assez bêtes pour prendre comme amants des gens qui ne pensent qu'aux idées ou qu'aux affaires qu'ils ont dans la cervelle. Pour une femme intelligente, il n'y a qu'un amant possible: c'est un homme jeune, beau garçon, tendre, sensible, solide, qui n'ait d'autre affaire en ce monde que d'aimer;—et voilà précisément Léon.
—Mes compliments. Mais alors puisqu'il en est ainsi, me diras-tu ce qui me vaut ... ce n'est pas plaisir qu'il faut dire maintenant,—me diras-tu ce qui me vaut l'honneur de ta visite?
—Un conseil à te demander.
—Alors, il n'est pas complet, le jeune, le tendre, le sensible Léon.
—Heureusement, car ce qu'il aurait d'un côté, il le perdrait de l'autre.
—C'est aimable.
—Laisse donc, tu sais bien que tu n'as jamais été qu'une tête, drôle il est vrai, mais une simple tête; c'est à cette tête que je m'adresse aujourd'hui: que penses-tu d'un mariage entre deux Français contracté à l'étranger sans le consentement des parents et sans publication?
—Ton mariage n'en est pas un, ça n'est rien, ça n'existe pas aux yeux de la loi.
—De votre loi.