—Pourquoi te tourmenter puisque je t'ai dit que ce voyage ne se ferait pas?

—Et c'est justement pour cela que je me tourmente.

—Ne m'as-tu pas dit toi-même que tu ne voulais pas que nous nous séparions?

—Pas pour une heure, ai-je dit, je m'en souviens, mais cette parole a été le cri de l'égoïsme et de la passion: je n'ai pensé qu'à moi, qu'à mon amour, qu'à mon bonheur; je n'ai pensé ni à ton repos, ni à la santé de ta mère. Et cependant ce sont choses qu'il ne faut pas oublier. Toute la nuit j'ai donc réfléchi à ce cri qui m'avait échappé, et j'ai fait mon examen de conscience, me disant que quand, de ton côté, toi aussi tu réfléchirais, tu me condamnerais pour cette pensée égoïste.

—Te condamner serait me condamner moi-même.

—Toi, tu as le droit de disposer de ton repos, et, jusqu'à un certain point, de celui de ta mère. Moi, je ne l'ai pas. J'ai senti cela. Mais je n'ai pas voulu m'en tenir aux réflexions d'une nuit de fièvre, ce matin j'ai voulu demander un conseil sûr.

—Et à qui demandes-tu conseil quand il s'agit de nous?

—À quelqu'un de qui tu ne peux pas être jaloux, car si bon que tu sois, il est encore meilleur que toi; si sensé, si ferme que tu sois, il est encore plus sensé et plus ferme que toi,—au bon Dieu. Je viens de la Madeleine. J'ai été bien longtemps, cela est possible, mais j'ai prié jusqu'à ce que la lumière se fasse dans mon esprit troublé et me montre la route à suivre.

—Et de quelle route parles-tu? demanda Léon, qui était fort peu religieux de nature et d'éducation.

—De celle que nous devons prendre au sujet de la proposition de ta mère: il faut que tu acceptes cette proposition.