Qui pouvait dire ce qui s'était passé? qu'était devenue l'honnête et pure jeune fille après trois années de vie théâtrale, seule, sans affection, sans appui autour d'elle?
Avant de voir Madeleine, avant de tenter une démarche auprès d'elle, il importait donc de savoir quelle femme il trouverait.
Il revint sur ses pas, décidé à rentrer dans la salle et chercher quelqu'un, un journaliste ou un homme de théâtre, qui pût lui donner ces renseignements.
Comme il traversait le vestibule, il aperçut justement un jeune musicien qui, faisant partie de l'administration de l'Opéra, devait être en situation mieux que personne de l'éclairer; il alla à lui.
—Eh bien, dit celui-ci avec une figure joyeuse, comment trouvez-vous notre nouvelle chanteuse?
—Charmante.
—C'est le mot qui est dans toutes les bouches. Pour mon compte, je n'ai jamais douté de son succès, mais j'avoue qu'il dépasse ce que je j'avais espéré. Ce que c'est que la beauté et le charme. Voici une jeune femme qui certainement a une excellente voix dont elle sait se servir; croyez-vous qu'elle eût fait la conquête du public avec cette rapidité, si elle n'avait pas eu ces beaux yeux doux.
—Elle vient d'Italie? demanda Byasson en passant son bras sous celui de son jeune ami et en l'accaparant.
—Oui, mais c'est une Française, d'Orléans je crois. Elle est élève de Lozès, ce qui est bien étonnant, car l'animal n'a jamais formé une femme de talent; mais elle a travaillé aussi en Italie, où elle a débuté avec assez de succès pour qu'on m'ait envoyé la chercher. Elle a pour cornac un vieux sapajou d'Italien appelé Sciazziga, qui est bien l'être le plus insupportable de la création: avare, mendiant, pleurard. Elle vit avec lui.
Byasson ne put retenir un mouvement qui fit trembler son bras.