Ce mot abattit instantanément toutes les combinaisons de Byasson.
—Votre coeur ... dit-il.
—Ce n'est pas de mon coeur que je parle, répondit-elle avec un sourire désolé, c'est de ma vie qui ne m'appartient pas, et qui, pour neuf années encore, est à celui qui a payé mon éducation musicale.
Byasson respira.
—Si ce n'est que cela qui vous retient, dit-il gaiement, quittez ce souci; ce contrat qui vous lie à votre entrepreneur se déliera avec de l'argent, et il est juste que mes amis, qui n'ont pas voulu de vous parce que vous n'aviez pas d'argent, soient en fin de compte, punis par l'argent.
—Mais j'appartiens au théâtre. Si lorsque j'ai embrassé cette carrière je n'étais pas poussée par une irrésistible vocation, cette vocation est venue, je suis une artiste, j'aime mon art.
—Ah! je sais que c'est un sacrifice que je vous demande, et je ne viens pas vous éblouir de la fortune que vous trouverez dans ce mariage; c'est le langage du sentiment et du coeur que je vous parle, celui-là seul et non un autre. Avez-vous eu..., je ne dirai pas de l'amour pour Léon, ce n'est pas moi qui peux vous poser une pareille question, je vous dis avez-vous eu de l'affection, de la tendresse pour votre cousin? cette affection, cette tendresse existe-t-elle encore? si oui, ayez pitié de lui, ma chère fille, tendez-lui la main, accomplissez un miracle dont seule vous êtes capable; sauvez-le.
Madeleine resta pendant quelques minutes sans répondre, suivant sa pensée intérieure, le coeur serré, ne respirant pas; tout à coup elle se leva et passa dans la pièce d'où elle était sortie quand Byasson avait été introduit dans le salon. Elle resta peu de temps absente: quand elle reparut, elle avait un chapeau sur la tête et un manteau sur les épaules.
—Voulez-vous me conduire chez mon oncle? dit-elle.