Cependant, bien qu'il annonçât qu'il voulait répondre, il resta pendant assez longtemps silencieux, la tête basse:
—Eh bien! non, dit-il enfin, non, ma chère Madeleine, je ne suis pas heureux. Le bonheur pour moi aurait été dans la vie de famille, avec la femme aimée, avec des enfants qui auraient été ceux de mon père et de ma mère. C'était là le rêve que j'avais fait quand j'étais jeune ... il y a trois ans. La fatalité a voulu qu'il ne se réalisât point. Je n'ai pas d'enfants. Je n'aurai pas de famille. Mais je dois accepter sans me plaindre la vie que je me suis faite.
Il se leva brusquement, comme s'il avait peur de se laisser entraîner à en dire davantage.
—Je te verrai bientôt, dit-il.
—Quand tu voudras; tous les jours, tu peux venir le matin avant que je sois prise par le théâtre. Et quand veux-tu m'entendre? Faut-il dire que je serais heureuse de chanter pour toi?
—Tu chantes ce soir?
—Oui.
—Eh bien! j'irai t'applaudir ce soir.
—Si j'osais, dit-elle, je te demanderais de rester à dîner avec moi: tu ferais un mauvais dîner, car je mange peu quand je dois chanter, mais nous remplacerions le festin manquant par un dialogue vif et animé; et après dîner tu me conduirais au théâtre; tu aurais ainsi le plaisir de faire la connaissance de madame Sciazziga, mon chaperon femelle, qui tous les soirs marche dans mon ombre et ne dédaigne pas de remplacer mon habilleuse pour porter la queue de ma robe.
Il eut un moment très-court, un éclair d'hésitation.