Pourquoi après tout?

Pourquoi croire aveuglément qu'elle valait mieux que les autres?

Terrible question que celle-là, et, à l'heure où elle se pose devant un amant, il y a déjà bien des chances pour qu'il admette que la femme qu'il a aimée et qu'il veut aimer encore pour telle ou telle raison, vaut moins que les autres,-et surtout moins qu'une autre.

Fatalement elle conduisait à une seconde: pourquoi tant d'accusations contre Cara (elle était Cara maintenant), et pas une seule contre Madeleine? pour celle-ci, l'unanimité dans l'éloge, pour celle-là l'unanimité dans le blâme.

Il saisirait la première occasion qui se présenterait, pour faire ce contrôle, et si les rapports étaient vrais, elle ne tarderait pas à se présenter, ils indiquaient le jeudi pour la visite à Salzondo; il verrait le jeudi suivant; et pour Otto, qui n'avait pas de jour, il verrait plus tard.

Mais le jeudi suivant, qui justement était le lendemain, cette occasion ne se présenta pas. Cara ne sortit point: le vendredi elle ne sortit pas davantage.

Se savait-elle surveillée, ou bien ces rapports étaient-ils faux?

En réalité elle se tenait sur ses gardes.

Tant qu'elle avait été sûre de Léon, elle avait agi librement, sans gêne et selon ses fantaisies: pourquoi eût-elle pris des précautions inutiles pour un homme qui ne voyait que ce qu'elle voulait bien qu'il regardât, qui n'entendait que ce qu'elle voulait bien qu'il écoutât? Pourquoi se cacher d'un aveugle et d'un sourd!

Mais du jour où elle avait remarqué des changements chez Léon et où elle s'était sentie menacée dans la toute-puissance de son influence, Salzondo et Otto lui-même l'avaient attendue inutilement; ce n'était pas le moment de faire des imprudences; peu de mois restaient à courir avant le mariage, il fallait les consacrer à la raison et à la prudence; Pâques arriverait après ce temps de carême.