Et, comme elle voulait que ce carême fût aussi court que possible, elle veillait avec soin à ce que les délais imposés par la loi pour les sommations respectueuses fussent rigoureusement observés. Grande fût sa surprise lorsqu'elle apprit que le notaire de la Branche n'avait point notifié à M. et madame Haupois-Daguillon le troisième et dernier acte.
Que pouvait signifier un pareil retard? Était-il le fait du notaire ou de Léon?
Elle s'en expliqua avec celui-ci:
—Qui t'a dit que cette sommation n'avait pas été faite? demanda Léon.
—Riolle.
—Riolle se mêle de ce qui ne le regarde pas: c'est à moi de demander la notification de cet acte, et non à d'autres.
Et tu ne l'as pas demandée?
—Elle est inutile en ce moment; il vaut mieux attendre l'arrêt de la cour; si la cour infirme le jugement du tribunal qui déclare notre mariage nul, nous n'avons pas besoin de procéder à un nouveau mariage, et dès lors les actes respectueux sont inutiles; si au contraire elle le confirme, il sera temps à ce moment-là de recourir au dernier acte respectueux.
—Tu sais bien qu'elle le confirmera. Si tu étais franc, tu dirais que tu espères qu'elle le confirmera, et c'est parce que tu as cette espérance que tu ne veux pas que cette dernière sommation soit notifiée.
—Je ne veux pas qu'elle le soit, parce qu'il ne me convient pas en ce moment de pousser les choses à l'extrémité; mon père et ma mère sont malades de chagrin, il ne me convient pas de les tuer.