Et, pour son père, il n'y avait rien au-dessus de la fortune «gagnée loyalement dans le commerce».

Tous deux avaient au même point la fierté de l'argent et le mépris de la médiocrité.

Plus jeune que sa soeur de deux ans, il avait vu, lorsqu'il avait été question de marier celle-ci, quelle était la puissance tyrannique de ces idées, qui avaient fait repousser, malgré les supplications de Camille, les prétendants les plus nobles, mais pauvres, pour accepter en fin de compte un baron Valentin, à peine noble mais riche. Combien de fois Camille, qui voulait être duchesse et qui n'admettait qu'avec rage la possibilité d'être simple marquise, avait-elle versé des torrents de larmes. Mais ni larmes ni rage n'avaient touché M. et madame Haupois.

—Nous ne nous amoindrirons pas dans notre gendre.

Cette réponse avait toujours été la même en présence d'un mari pauvre.

S'amoindrir! s'abaisser! pour eux c'était faire faillite moralement.

Que répondre à son père et à sa mère lui disant: «Ce n'est pas Madeleine que nous repoussons, c'est la fille sans fortune?»

Toutes les raisons du monde les meilleures et les plus habiles ne feraient pas Madeleine riche du jour au lendemain; et ce qu'il dirait, ce qu'il tenterait en ce moment, tournerait en réalité contre elle.

Ce qu'il fallait pour le moment, c'était que Madeleine restât près de son père et de sa mère et qu'elle devînt de fait ce qu'elle n'était encore qu'en parole: leur fille.

Et puis d'ailleurs ce temps d'attente aurait cela de bon qu'il serait pour lui-même un temps d'épreuve. Loin de Madeleine, il sonderait son coeur. Et, s'étant dégagé du sentiment de sympathie et de tendresse qui à cette heure le poussait vers elle, il verrait s'il aimait réellement sa cousine, et surtout s'il l'aimait assez pour l'épouser malgré son père et sa mère.