—J'entends tout ce qu'on lui réclamait.

—C'est de la folie.

—Je ne viens pas vous demander de vous imposer ce nouveau sacrifice, mais ma tante m'a dit que, dans votre générosité, vous vouliez me donner une dot, afin de rendre possible un mariage que vous jugez avantageux pour moi, eh bien, mon bon oncle, je vous en prie, je vous en supplie, ne me donnez pas cette dot, et employez-la à payer ce que mon père doit.

—Ton père ne doit rien, je te le répète, et ce que tu me demandes là est absurde à tous les points de vue.

—Il n'y en a qu'un qui me touche, c'est la mémoire de mon père; permettez-moi de l'honorer comme je crois, comme je sens qu'elle doit l'être, alors même que cela serait absurde.

—Une fille dans ta position, orpheline et sans fortune, est folle de repousser un bon mariage. C'est son indépendance qu'elle refuse.

—Mais l'indépendance ne peut-elle pas aussi s'acquérir, pour une orpheline sans fortune, par le travail? Si vous consacrez la dot que vous me destiniez à payer ces dettes, ce sera précisément et seulement cette permission de travailler que je vous demanderai. Et, m'accordant ces deux grâces, vous aurez été pour moi le meilleur des parents. Pourquoi ne me permetteriez-vous pas de travailler dans vos bureaux? ma tante, qui n'est pas jeune comme moi, et qui, au lieu d'être pauvre comme moi, est riche, y travaille bien du matin au soir.

M. Haupois-Daguillon s'arrêta, et durant assez longtemps il regarda sa nièce, dont le visage pâli par l'émotion recevait en plein la lumière du soleil couchant.

—Ainsi, dit-il, tu me demandes trois choses: 1° payer ce que tu crois que ton père doit encore; 2° ne pas épouser Saffroy; 3° travailler, et surtout travailler dans notre maison, n'est-ce pas?

—Oui, mon oncle, dit-elle.