Puis, après un long moment de contemplation, pendant lequel ses yeux alanguis où déjà flottait la mort, restèrent fixés, attachés sur moi:

—Comme tu me rappelles ta mère! Oh! tu es bien son fils!

Ce souvenir amollit sa résignation, et une larme coula sur sa joue amaigrie et décolorée. La voix, déjà faible et haletante, s'arrêta dans sa gorge, et, durant quelques minutes, nous restâmes l'un et l'autre silencieux.

Il reprit le premier la parole.

—Il y a une chose, dit-il, qui me pèse sur la conscience, et que j'ai souvent voulu traiter avec toi depuis que tu es ici. J'ai toujours reculé, pour ne point te peiner en parlant de notre séparation; mais maintenant ce scrupule n'est plus à observer. Je vais partir sans te laisser un sou de fortune à recueillir.

—Je vous en prie, ne parlons pas de cela en un pareil moment.

—Parlons-en, au contraire, car cette pensée est pour moi lourde et douloureuse et ce me sera peut-être un soulagement de m'en expliquer avec toi. Tu sais par quelle série de circonstances malheureuses ma fortune et celle de ta mère ont passé en d'autres mains que les nôtres.

—J'aime mieux recueillir pour héritage le souvenir de votre désintéressement dans ces circonstances, que la fortune elle-même qu'il vous a coûté.

—Je le pense; mais enfin le résultat matériel a été de me laisser sans autres ressources que ma pension de retraite et la rente viagère que me devaient nos cousins d'Angers, en tout dix mille francs par an. Avec la pension que j'ai eu le plaisir de te servir, avec mes dépenses personnelles, je n'ai point fait d'économies. Sans doute, j'aurais pu diminuer mes dépenses.

—Ah! père.