—Il ne s'agit pas de stratégie, dit-il tristement; il s'agit d'un devoir à accomplir; il s'agit de verser son sang pour la justice, et, pour cela, toute place est bonne.
Puis serrant la main de M. de Planfoy il rejoignit les autres représentants qui allaient et venaient, s'adressant aux ouvriers groupés sur les trottoirs et s'efforçant d'allumer en eux une étincelle.
—Voilà un brave, dit M. de Planfoy, et s'il s'en trouve beaucoup comme lui, tout n'est pas fini.
XXV
J'avais lu bien des récits d'insurrection, et ce qui se passait devant mes yeux déroutait absolument les leçons que je tenais de la tradition. Pour moi une insurrection était quelque chose d'irrésistible; c'était une explosion populaire, une éruption de pavés; une barricade dans une rue, toutes les rues devaient s'emplir de barricades.
C'était au moins ce que j'avais lu dans les livres et dans les journaux, mais la réalité ne ressemblait pas aux récits des livres.
La barricade élevée au coin de la rue Sainte-Marguerite n'en avait point fait jaillir d'autres; on parlait, il est vrai, d'une barricade qui s'élevait dans le faubourg du côté de la barrière du Trône, mais cela ne paraissait pas sérieux. Ce qu'il y avait de certain et de visible, c'était qu'autour de ce chétif barrage improvisé tant bien que mal dans la rue, une centaine d'hommes s'agitaient comme des comédiens devant des spectateurs qui n'ont point à se mêler à l'action.
Ce qui rendait cette impression plus saisissante encore, c'était d'entendre les propos de ces spectateurs.
—Ça une barricade, disait une vieille femme que j'avais à ma droite, si ça ne fait pas suer!
Et, de son aiguille à tricoter, elle montrait l'omnibus, en haussant les épaules.