Mais ses enfants se pendirent après elle, et je parvins, grâce à leur aide, à l'empêcher de sortir; je lui promis de ne pas prendre une minute de repos avant d'avoir retrouvé son mari, et je partis.
Dans la rue du Faubourg-Saint-Antoine, je retrouvai les représentants qui avaient été au-devant des soldats: ceux-ci les ayant débordés, les avaient laissés derrière eux; et les représentants, sans perdre courage, parcouraient le faubourg, en appelant le peuple aux armes. Mais leur voix se perdait dans le vide; on les saluait en mettant la tête à la fenêtre, on criait quelquefois: Vive la République! mais on ne descendait pas dans la rue pour les suivre et recommencer le combat.
Après le départ des soldats, les curieux qui s'étaient sauvés un peu partout étaient revenus aux abords de la barricade. Ce fut en vain que je cherchai M. de Planfoy dans ces groupes; je ne le vis nulle part. En allant et venant, j'entendais raconter la mort du représentant Baudin, et cette mort, au lieu de produire l'intimidation, provoquait l'exaspération. Ceux qui n'avaient pas voulu se joindre à lui exaltaient maintenant son courage: mutuellement, on s'accusait de l'avoir laissé tuer sans le soutenir. J'interrogeai deux ou trois de ceux qui disaient avoir tout vu, mais on ne put pas me parler de M. de Planfoy. Enfin, je trouvai un gamin de dix ou onze ans qui répondit à mes questions.
—Un vieux en chapeau de paille, hein! Oh! le bon chapeau; le soleil ne le brûlera pas maintenant, il a eu trop de précaution, il est à l'ombre: les soldats l'ont emmené.
—Où?
—Peux pas savoir; quand les soldats ont escaladé la barricade en allongeant des coups de baïonnette à droite et à gauche, le vieux au chapeau s'est fâché: «Vous voyez bien que cet homme ne se défend pas!» qu'il a dit aux troupiers. Mais les troupiers n'étaient pas en disposition de rire; ils ont empoigné le vieux, ils l'ont bousculé, et, comme il se défendait, il l'ont emmené.
—Où l'ont-ils emmené?
—Au poste, bien sûr.
—A quel poste?
—Est-ce que je sais? mais, pour sûr, ce n'est pas au poste de la rue Sainte-Marguerite, parce que les soldats ont filé. Quand ils ne sont pas les plus forts, ils déménagent; quand ils sont en force, ils reviennent et ils cognent.