—Eh bien, dit ce personnage, cela va mal: on se soulève au faubourg Saint-Antoine et dans la quartier du Temple; Caussidière et Mazzini arrivent à Paris; le prince de Joinville est débarqué à Cherbourg pour entraîner la flotte; on construit partout des barricades.
—Et vous n'êtes pas content, dit Poirier en souriant, ce matin vous vouliez des barricades, maintenant on vous en fait et vous vous plaignez.
Poirier eut un singulier sourire en prononçant les mots «on vous en fait.»
—Je me plains que nous ne soyons pas soutenus: le peuple est contre nous, la bourgeoisie n'est pas avec nous, nulle part nous ne rencontrons de sympathie.
—Et l'armée?
—Là est notre salut: la police, hier, par ses arrestations; l'armée, aujourd'hui, par son attitude, ont jusqu'à présent assuré notre succès; mais demain la guerre commence.
—Demain l'armée imprimera une terreur salutaire, et après-demain vous pourrez vous reposer, soyez-en certain. Pour le moment, obligez-moi de rendre service à mon ami, je vous prie.
Et il expliqua en peu de mots ce que je désirais.
On me remit alors deux pièces, ainsi conçues: la première: «Laissez passer M. le capitaine de Saint-Nérée, et donnez-lui protection en cas de besoin;» la seconde: «Remettez entre les mains de M. le capitaine de Saint-Nérée, M. le marquis de Planfoy, partout où on le trouvera, s'il est encore en vie.»
Ces pièces étaient revêtues de toutes les signatures et de tous les cachets nécessaires.