XXVIII
C'était beaucoup d'avoir aux mains l'ordre de mise en liberté de M. de Planfoy, mais ce n'était pas tout. Il fallait maintenant savoir où se trouvait M. de Planfoy, et là était le difficile.
Ce fut ce que j'expliquai. On m'envoya dans un autre bureau de la Préfecture, avec toutes les recommandations nécessaires pour que l'on fît les recherches utiles.
Par respect pour ces recommandations, l'employé auquel je m'adressai me reçut convenablement, mais quand je lui exposai ma demande, c'est-à-dire le désir de savoir où se trouvait M. de Planfoy, il haussa les épaules sans me répondre. Puis comme j'insistais en lui disant qu'à la préfecture de police on devait savoir où l'on enfermait les personnes qu'on arrêtait:
—Certainement, me dit-il, on doit le savoir et en temps ordinaire on le sait, mais nous ne sommes pas en temps ordinaire, et ce que vous me demandez, c'est de chercher une aiguille dans une botte de foin; encore vous ne me dites pas où est cette botte de foin.
—Je vous le demande.
—Et que voulez-vous que je vous réponde: tout le monde arrête depuis deux jours; non-seulement ceux qui ont qualité pour le faire, mais encore tous ceux qui veulent. La Préfecture a fait faire des arrestations, et celles-là je peux vous en rendre compte. Mais, d'un autre côté, les commissaires et les agents en font spontanément, en même temps que les généraux, les officiers, les sergents, les soldats en font aussi. Comment diable voulez-vous que nous nous reconnaissions dans un pareil gâchis; tout cela se réglera plus tard.
—Et ceux qui sont arrêtés injustement?
—On les relâchera.
—Et ceux qui auront été fusillés par erreur?