—Voulez-vous me le montrer? dit-elle.

Il était impossible de refuser, sous peine de laisser croire que je n'avais pas cet ordre. Je le donnai.

—Vous voyez bien, s'écria-t-elle désespérément: «s'il est encore en vie;» eux-mêmes admettent qu'il a dû être fusillé. Ah! mes pauvres enfants!

A ce cri, les enfants se jetèrent au cou de leur mère, et ce fut une scène déchirante; je savais ce qu'était la perte d'un père; leur douleur raviva la mienne.

Mais nous n'étions pas dans des conditions à nous abandonner librement à nos émotions. Je me raidis contre ma faiblesse et j'expliquai à madame de Planfoy que j'allais immédiatement au fort d'Ivry où j'avais des chances de trouver M. de Planfoy.

—Je vais avec vous, dit-elle.

Il me fallut lutter pour lui faire comprendre que cela n'était pas possible.

—Il n'y a aucune utilité, lui dis-je, à venir avec moi; soyez bien convaincue que je ferai tout ce qui sera possible.

—Je le sais, mais je ne peux pas me résigner à passer une nuit pareille à ma journée; je ne peux pas rester dans cette maison à attendre; vous ne savez pas ce qu'a été cette horrible attente qui va recommencer.

Enfin, je parvins à lui faire abandonner son idée. Il était déjà tard; Ivry était loin de Paris; nous ne pouvions y aller qu'à pied; elle me retarderait, et dans la compagne elle pourrait m'être un embarras et un danger. Je partis donc seul par Bercy et la Gare: les rues de ces quartiers étaient mornes et désertes; on eût pu se croire dans une ville ensevelie; mes pas seuls troublaient le silence.