Alors le souvenir des paroles qui avaient été prononcées devant moi à la préfecture de police me revint: c'était là ce qu'on appelait «envahir un quartier par la terreur.»

XXX

La fusillade continuait toujours sur le boulevard; il y avait des feux de peloton, des coups isolés, puis des courts intervalles de repos pendant lesquels on entendait le tapage des carreaux qui tombaient.

Dans la maison dont l'allée nous servait de refuge, ce tapage de vitres se mêlait aux cris des locataires qui, éperdus de terreur, se sauvaient dans les appartements intérieurs ou dans l'escalier; ils s'appelaient les uns les autres; puis tout à coup leurs cris étaient étouffés dans une décharge générale qui dominait tous les bruits par son roulement sinistre.

Pourquoi cette fusillade continuait-elle? lui répondait-on des fenêtres du boulevard? Nous ne pouvions rien voir et nous en étions réduits à attendre sans rien comprendre à ce qui se passait au dehors; chacun faisait ses réflexions, donnait ses explications, toutes plus déraisonnables les unes que les autres.

—Les soldats se battent entre eux.

—Ils sont cernés par les républicains.

—Ils tirent à poudre.

—Allons donc, à poudre; est-ce que les coups chargés à poudre font ce bruit strident?

—Et les carreaux, est-ce la poudre qui les casse?