Nous étions quatre ou cinq personnes ayant pu nous réfugier dans la cour de cette maison, et parmi nous se trouvait un jeune homme qui avait reçu un coup de sabre sur le bras. Mais il ne s'inquiétait pas de sa blessure, qui saignait abondamment, et il ne pensait qu'à se faire ouvrir la porte.

—Où est ma mère? disait-il désespérément; laissez-moi aller la chercher.

—Vous êtes entré malgré moi, disait le concierge; vous n'ouvrirez pas malgré moi.

Et tandis qu'il suppliait le concierge en répétant toujours d'une voix désolée: «Ouvrez-moi! ouvrez-moi!» d'autres personnes criaient avec colère «N'ouvrez pas, ou vous nous faites massacrer!»

La fusillade ne se ralentissait pas et les carreaux continuaient à tomber dans notre escalier, nous avertissant que notre maison était un but de tir. On entendait aussi les balles ricocher contre la grande porte ou s'enfoncer dans le bois.

Tout à coup, les personnes qui se trouvaient dans l'escalier se précipitèrent dans le vestibule, et trouvant une petite porte, s'engouffrèrent dans la cave; mais en ce moment deux ou trois détonations éclatèrent sous nos pieds. On tirait par les soupiraux.

Alors il se produisit une confusion terrible; les personnes qui étaient déjà dans la cave remontèrent précipitamment et se jetèrent sur celles qui descendaient; ce fut un tourbillon, les malheureux se poussaient, se renversaient, marchaient les uns sur les autres; c'était à croire qu'ils étaient frappés d'une folie furieuse.

Des coups de crosse retentirent à la porte, qui trembla dans ses ferrures.

—N'ouvrez pas! crièrent quelques voix.

—Ouvrez! ouvrez! criait-on du dehors, ou nous enfonçons la porte.